Améliorer le tri passe par une meilleure information des usagers et l’open data commence à y contribuer. L’accès aux données sur les déchets s’impose aussi aux collectivités pour piloter et optimiser le service. Elles restent cependant encore très dépendantes du bon vouloir de leur délégataire.

Si le tri s’impose à tous, l’écogeste ne s’improvise pas. Déposer les vêtements à un endroit, les bouteilles à un autre, les déchets électroniques à un troisième… l’usager doit connaître non seulement les lieux de dépôt mais aussi les horaires et les consignes de tri qui peuvent varier d’une commune à l’autre. A Nantes, grâce aux données open data de la ville et la métropole, CartoQuartiers localise l’ensemble des points d’apport volontaire (PAV). Sa particularité ? Associer les habitants qui peuvent compléter les données publiques comme le fait par exemple l’association Mieux Trier à Nantes sur les initiatives « zéro déchet » (lire l’entretien avec Christian Renoulin). Les données sur les PAV font désormais partie des incontournables des applications pratico-pratiques de villes (Nantes dans ma poche, Bordeaux en poche…). Elles favorisent aussi de nouveaux services comme Gowaste qui propose, notamment à Bordeaux, d’organiser un « covoiturage » des déchets pour partager un fourgon ou une remorque.

Une dépendance aux délégataires de service public

Ces initiatives stimulent aussi les délégataires privés en charge de la collecte des déchets – très présents dans le secteur des déchets – et les incitent à développer de nouveaux services pour les usagers. Suez propose par exemple à ses clients monservicedéchet (lire l’entretien avec Romain Fouques), qui fournit, pour une adresse déterminée, toute l’information sur la collecte et le tri (quoi, quand, où…). Un service qui passe par un travail très utile de centralisation et de normalisation des données. Ces données ne sont cependant aujourd’hui pas en open data, mais la balle est dans le camp des collectivités : avec la loi Lemaire, elles peuvent en effet exiger la publication de l’ensemble des données relatives à l’exploitation du service délégué. La métropole de Dijon a obtenu des avancées dans ce sens auprès de ses délégataires pour développer son projet de smart city. L’accès aux données est cependant beaucoup plus facile à obtenir dans le cas d’un renouvellement de DSP que lorsqu’il s’agit d’une DSP en cours.

Smart Waste et open data

De plus en plus de collectivités se tournent vers le « smart waste », domaine de prédilection de l’internet des objets urbains. Grâce à des capteurs sur le niveau de remplissage des conteneurs, les trajet des camions bennes sont ainsi optimisés (ce que propose par exemple SigrenEa ou Mapotempo) pour ne vider que les conteneurs pleins. Les bacs des particuliers sont également équipés de puces RFID pour mettre en œuvre de la redevance incitative, dont le montant varie en fonction des volumes de déchets effectivement produit par l’usager. L’open data n’est cependant dans ce domaine qu’à ses balbutiements avec des expérimentations plus que des services. A Paris, les conteneurs Trilib équipés de capteurs connectés, fournissent une information sur leur niveau de remplissage, information utilisée pour la collecte mais aussi disponible en open data,. Dans le cadre de Datacity, Paris teste aussi l’information des concierges et citoyen sur les heures précises de passage des camions poubelles pour éviter d’encombrer les trottoirs.

Des données ouvertes pour nourrir le débat public

Au-delà de l’information pratico-pratique, l’open data des déchets peut aussi nourrir le débat public sur des sujets sensibles comme la propreté et les stratégies « zéro déchet ». A Bordeaux, en 2013, les étudiants de l’école de journalisme ont planché sur la propreté dans les quartiers en croisant les données sur les équipements (sanisettes, cendriers…) et celles sur les plaintes de riverains. Aller plus loin dans cet exercice de transparence pour comparer les coûts, l’évolution des pratiques de tri, les disparités géographiques… s’avère en l’état actuel compliqué tant les données ouvertes sont rares. Car non seulement la donnée est éclatée – communes, EPCI, syndicats mixtes, délégataires, prestataires…- mais les acteurs nationaux (SinoeCiteo/Eco-emballageAdeme…) tardent à proposer des données réutilisables.